Despre Opera

Impresii dintr-o altă lume

La Roumanie galante


Jean-Philippe Rameau: LES INDES GALANTES
16 novembre 2012 – ah, mais quel vendredi!
Opéra National Roumain de Iași – Grande Salle du Théâtre National de Iași.
Dirigé par: Gabriel Bebeșelea, Mise en scène et lumières: Andrei Șerban, Corégraphie: Blanca Li, Scénographie: Mariana Drăghici L’orchestre, le chœur et le corps de ballet de l’Opéra National Roumain de Iași.
Cristina Grigoraș (Hebe), Lucian Dolhascu (Bellone), Andreea Chinez (L’Amour), Octavian Dumitru (Huascar), Alice Todica (Phani), Alexandru Savin (Don Carlos), Daniel Mateianu (Osman), Angelica Mecu Solomon (Emilie), Radmilo Petrovici (Valère), Alexandru Savin (Tacmas), Rodica Vica (Zaire, Fatime), Jean-Kristof Bouton (Adario), Andrei Fermesanu (Damon), George Cojocariu (Don Alvar), Lăcrămioara-Maria Hrubaru-Roată (Zima).

Avec la réinvention du baroque musical, avec toute la cavalcade folle des orchestres qui jouent sur des instruments anciens, avec des chefs d’orchestre qui étaient à la base plutôt des musicologues qui fouillaient les archives des palais que des gens provenant des salles de concerts classiques, après les chocs nommés Monteverdi ou Haendel, après la reconsidération de Bach, il y a eu, rapidement et nécessairement, la récuperation de la musique baroque française. Jean Philippe Rameau n’a pas été absent ni du répertoire de Philip Herreweghe, peut-être le plus humain interprète de Bach, si loin du classicisme inhumain de Karajan, mais si proche, comme somme, des joies offertes par Leonhardt, Koopman, Gardiner, Bruggen – déjà en 1984 on voit apparaître son disque de suites orchestrales extraites de l’opéra Les Indes Galantes. Et après d’autres tâtonnements discographiques, dans toutes sortes de compilations qui nous faisaient écouter cette musique si ancienne avec le même étonnement que celui qu’on avait pendant la première visite à Versailles et aux Tuilleries, à Prado ou à Rezidenz, en 1992 William Christie fait enregistrer la version complète de l’opéra, en studio.

Il y a 22 ans, je m’en souviens parfaitement!, je voyageais dans un train de nuit, où personne ne pouvait dormir, pour venir de Iași à Bucarest et voir sur scène un spectacle de théâtre comme on n’en avait jamais vu en Roumanie: La Trilogie Antique. Andrei Șerban, revenu en Roumanie, nous montrait là, dans une naïveté d’une beauté exceptionnelle, ce que signifiait le théâtre. Le fait que ni Medée, ni Les Troyennes, ni Elektra n’avait pas besoin nécessairement d’une traduction du grec ancien pour être comprises plus profondément que dans la lecture, le spectateur étant une mouche sur le plafond des intrigues du palais royal, un témoin impuissant à l’agonie de Troie ou même un vrai spectateur dans l’amphithéâtre antique. Jamais l’art dramatique n’a-t-il été plus palpable, plus matériel, plus vrai.

Et maintenant, après bon nombre d’années, je me sens pareil, en faisant le chemin inverse, de Bucarest à Iași, accompagné par les CD mentionnés, pour voir de nouveau une création d’Andrei Șerban. Le contexte est presqu’idéal: le Théâtre National de Iași, qui reçoit aussi une partie des spectacles de l’Opéra National, vient d’être rénové, une bonne raison pour redécouvrir la beauté de ce bâtiment, et la production de Șerban a fait une très bonne impression à Paris il y a quelques ans, les images du DVD du Palais Garnier me font déjà anticiper, dans mon imagination, ce qui suivra dans juste quelques heures. La première a été hier, je n’ai pas lu les chroniques (si jamais il y en a eu), pour moi la première sera aujourd’hui, au deuxième spectacle. Et dans un mois, le miracle : Les Troyennes, peut-être la plus spectaculaire partie de la Trilogie, sera de nouveau en Roumanie, ici, à Iași, et je me demande combien d’étudiants de Bucarest viendront la voir?

*****

J’ai été dans la salle! J’ai vu le spectacle! J’ai du mal à croire que le rideau est tombé!

Premièrement, le Théâtre National de Iași, après 8 années de restaurations, 8 années infinies, semble n’avoir attendu rien d’autre que la musique baroque de Rameau.

Impeccable – voilà le mot clé de cette réinvention. Pas la moindre trace d’imprécision, de manque d’attention, tout est mis au point jusqu’au dernier détail, et le résultat donne l’impression d’une autre civilisation, d’une autre culture européenne. Et si l’on pense que la construction du théâtre a duré moins (juste deux ans: 1894-1896) que sa restauration…

Les Indes Galantes est un opéra composé en 1735 et en 1736, lors d’une révision, Rameau lui a rajouté le dernier acte. Le nom opéra-ballet diffère par endroits de l’opéra tel que nous le connaissons de nos jours, les actes, appellés entrées, avaient des sujets et des personnages différents et le seul élément commun était le message, l’idée. Les entrées étaient séparées presque toujours par des moments de ballet. Rameau a composé cet opéra après avoir assisté à la visite d’un groupe d’amérindiens à la cour du Roi Louis XV et il a choisi comme expression musicale un chemin déjà parcouru, presque 40 ans avant, par André Campra, avec son opéra-ballet L’Europe Galante. Campra plaçait l’action de ses 4 entrées, toutes des histoires d’amour, en France, Espagne, Italie et Turquie, les mêmes pays que l’on retrouve un siècle plus tard dans le catalogue de Leporello, dans un amour complètement différent et dans une musique entièrement autre. Mais Rameau a choisi comme destinations livretistes-musicales la Turquie, la Perse, le Pérou et l’Amérique du Nord. Ceux qui ont eu la curiosité d’écouter Les Indes Galantes ont pu constater que le sujet de la première entrée, Le turc généreux, (qui, ce soir, a changé de place avec la deuxième entrée, Les Incas du Pérou) n’est rien d’autre que l’histoire de L’Enlèvement du Sérail de Mozart. Si la différence entre la durée d’un acte d’opéra-ballet et celle d’un singspiel  est de 30 minutes à deux heures, mais entre la musique de Rameau et la musique de Mozart il y a plus qu’un siècle d’évolution, il y a une époque, il y a un monde. Un monde que nous comprenons de moins en moins de nos jours. Car, redécouvrir la musique baroque du XVIIIème siècle français est une chose, et s’identifier du point de vue émotionnel à cette musique est tout à fait autre chose. Chose impossible. Ce qui était une grande nouveauté il y a 300 ans n’est aujourd’hui qu’une histoire que l’on n’arrive pas à comprendre. Pour forcer la comparaison, c’est comme si l’on regardait les premières photos en noir et blanc avec des paysages de montagne banals. Ce qui était une grande nouveauté il y a 100 ans nous provoque, aujourd’hui, un sourire ironique et un peu nostalgique tout au plus.

Or, en cela réside l’essence même de la production d’Andrei Șerban. Avec un effort d’imagination, on peut décrire ce qui faisait frémir de plaisir le public contemporain à Rameau: un décor minimal, dominé par une toile peinte, pleine d’effets trompe l’oeil, des solistes et des danseuses habillés dans des vêtements lourds et compliqués, qui feignent discrètement les mouvements des menuets. Seul un historien pourrait encore vibrer devant une telle image. Mais le public actuel – jamais. Les alégories sur les déesses qui versent des encouragements à l’amour ou à la guerre, tel les personnages du Prologue, pouvaient chauffer les perruques poudrées de l’aristocratie française à l’époque illuministe, mais de nos jours les perruques n’existent plus et, pour faire un mélomane régulier soupirer épuisé à la fin d’un air vériste, il faut beaucoup plus qu’une simple reconstitution du baroque. Dans le cas d’Andrei Șerban, l’artifice du succès est l’intrusion. Les chœurs chantent parmi les spectateurs, les héros de l’opéra descendent de la scène pour monter dans les loges du théâtre, au balcon, dans les couloirs, de sorte qu’on puisse les toucher et on puisse faire partie du spectacle, avec eux.

Mais plus que cela, et, peut-être, plus que toutes ces solutions de mise en scène, ce que transmet la production de Paris de 1999 (et non pas de 2003, comme il a été écrit, de manière éronnée, dans plusieurs avanchroniques publiées dans la presse) est une tendresse subtile. Le sourire ironique est mis à coté de l’authenticité. Les costumes d’époque dansent un ballet moderne sur une musique baroque. Et la musique se relève tout d’un coup une musique dansante, comme l’observait William Christie dans le documentaire qui accompagne le DVD du spectacle de Paris. C’est ainsi que l’on peut expliquer tous les moments de ce spectacle fabuleux. Par la tendresse et par l’ironie empathique. Mais il faut le voir, avant tout, car le commentaire ne lui rend pas justice. Il faut voir le minaret qui marche, le bateau au bout de la perruque, les caricatures des turcs, les vagues élicoidales de la tempête (qui m’ont poussé à une comparaison avec la toile de Lepage du samedi dernier, de The Tempest, de Met), le minimalisme à la Peter Brook des bâtons du Prologue et de la dernière entrée, la caricature du travesti, la comédie humaine du ballet à la fin du Prologue, le sarafan de fille sage d’Emilie, le danceur du pot à fleurs et le vrai concert pop de Zima, dans la dernière partie. Il faut voir tout cela, il faut se laisser séduire comme on était séduit dans l’enfance par la liste d’attractions du cirque qui venait de débarquer dans la rue, pour pouvoir comprendre, pour pouvoir se réjouir, au bout du compte, comme un enfant.

La production de Iași est la reprise, à 90%, de la production du Palais Garnier, d’il y a 13 ans. Si l’Entrée des Fleurs a été preséntée par des fragments, à la différence de Paris, et la première et deuxième entrée ont été inversées, j’ai eu la grande surprise de constater que le spectacle a gardé la corégraphie exceptionnelle signée par Blanca Li pour les spectacles de 1999/2003. J’avais peur à l’idée que le spectacle de Iași pourrait avoir une autre corégraphie et j’ai été soulagé de constater que je vais voir live les mêmes scènes de danse qu’à Paris. L’idée d’utiliser des éléments de danse moderne dans un opéra baroque a fonctionné comme un coup de magie dans le concept d’Andrei Șerban. Les Intermezzo qui séparaient les entrées ont été les plus amusantes scènes de danse jamais vues et, en rentrant à l’hôtel, j’ai été surpris par l’envie de danser en claquant des doigts comme les marins qui accompagnaient Emilie et Valère vers leur pays…

Les commentaires musicales sont superflus. Même si je pouvais remarquer un soliste ou un autre, je ne le ferai pas, pour la bonne et simple raison que, ce soir, la musique est retournée aux sources, avant l’existence de tout star system. De l’orchestre et jusqu’à la dernière voix du chœur, tout a été parfait.

Tout cela est la féerie enfantine d’Andrei Șerban. Tout cela est la galanterie de la Roumanie 20 ans après: son retour avec (pour le moment rien d’autre que) la deuxième production d’opéra dans notre pays. J’ai tellement envie que la Roumanie continue de rester aussi galante…

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